
Au retour de nos marches, tout nous paraît injuste parce que tout coule à flots, parce que tout s'étale et s'expose, parce que tout est à vendre et à acheter.
Parce que, là où les uns mettent des heures à remplir les cruches, les jarres, à les charrier de la rivière à la case, les autres n'ont qu'un robinet à tourner.
Parce que, là où les uns vont, pauvres mais libres, les autres vont riches mais entravés.
Injuste parce que l'existence des uns ne dépend que d'une mauvaise récolte, d'un méchant coup de vent, tandis que l'aisance des autres ne dépendra jamais que d'un mauvais coup de bourse.
Injuste, parce que nous marcheurs, voyageurs, errants, ne savons plus au retour, à quelle sauce dévorer notre mauvaise conscience dans quelle sorte de répertoire nous classer.
Injuste, parce que nous sommes le symbole même de cette injustice parce que nous avons été chez les autres alors que ceux-ci ne viendront jamais voir chez nous...
Jacques Lanzmann
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