Voici quelques rencontres que nous avons avons voulu vous faire partager au cours de notre parcours des cinq continents ...

 

 


Asie

   
Vietnam
 
 

Nguyen Van Binh
(né le 20/02/1981 à Vinh, Nord du Vietnam)

Au centre Envol, je fais la rencontre touchante de Binh, jeune Vietnamien, qui a quasi mon âge. Si je décide de faire un portrait de lui, c’est que son histoire est forte, touchante, et représentative des enfants présents à Maison Chance.
Binh est né en 1981 dans la campagne du nord, à Vinh, non loin de Hanoi. Ses parents travaillent dans les rizières, et ont énormement de mal à nourrir leurs 5 enfants. La famille est très pauvre, la maisonnette dans laquelle ils vivent est très fragile et subit chaque débordement climatique. Bref, les problèmes de toute nature accablent une famille qui se bat chaque jour pour ne pas mourir de faim.

A l’âge de 8 ans, la famille de Binh ne peut plus nourrir tout le monde, c’est pourquoi il est contraint de quitter les siens, pour partir seul, rejoindre la capitale. Imaginer deux minutes votre enfant partir seul…votre enfant de 8 ans, seul sur les routes, seul dans la capitale, seul face au monde…livré à lui même.
Binh ne s’éternise pas à Hanoi et descend dans le sud du pays, avec les moyens du bord. Il arrive toujours à trouver une petite place dans un bus, une voiture, sur un camion, pour rejoindre Ho Chi Minh Ville.

Dès lors, il va mener un combat quotidien pour survivre dans la rue. Pendant 3 ans, il fait la manche, cire des chaussures, et dort dans la rue. Il me raconte, que le peu d’argent qu’il arrivait à gagner, lui était dérobé par des adultes peu scrupuleux.
Binh change régulièrement d’endroit pour dormir, afin d’éviter les rackets, les bagarres, ou pire.
Pour se nourrir, il attend chaque jour patiemment à proximité des restaurants, pour voir s’il ne peut pas récupérer les restes. Cela me rappelle l’Afrique, ou chaque jour j’avais un, deux ou trois mômes à proximité, pour quelques portions de riz.
Binh gagne quelques sous en effectuant diverses petites tâches; il en envoie une grande partie à sa maman par la poste.

Puis, vint ce jour, Binh a alors 12 ans. Il est devant un cinéma, les yeux sûrement rêveurs, les pensées lointaines, aspirant à un peu de rêve. Il voit au loin cette femme…blanche. Elle est accompagnée d’un petit vietnamien, Thanh. Il s’approche et demande à la jeune femme un peu d’argent pour manger le soir même. Cette jeune femme, c’est Aline Rebeaud, maintenant appelée Tim (voir rapport Centre Envol). Elle parle déjà bien le Vietnamien. Thanh, qui l’accompagne était lui aussi dans la même situation que Binh. Il a été pris en charge par Tim, alors qu’il était tout proche de mourir.

Tim interroge Binh, pour connaître son passé, et pour comprendre…”Comment t’es tu retrouvé là ? Où dors tu chaque soir ?” lui demande t-elle. Puis, elle l’invite au cinéma, un rêve pour un gosse des rues de 12 ans. A la sortie, elle lui paie une soupe et un coca, et lui donne rendez vous le lendemain au même endroit.

Binh ne le sait pas encore, mais cette rencontre va changer sa vie, le sortir de la rue, et par là même, le sauver.

Le lendemain, Tim revient comme prévu chercher Binh. Elle l’emmène dans son appartement qu’elle loue afin de recueillir les enfants. Thanh et Binh sont à ce moment là, les deux premiers bénéficiaires de Maison Chance.

Tim paye un professeur pour donner quelques cours par semaine aux enfants. Binh ne travaille plus dans la rue, mais apprend la peinture avec Tim. Les années s’écoulent, de nombreux enfants ont rejoint Binh ; Maison Chance s’est agrandie. Une véritable structure est mise en oeuvre. C’est là que Binh va grandir.

Il a 18 ans lorsqu’il obtient une bourse de la Région Rhône Alpes, afin d’étudier pendant 3 mois le dessin textile à Lyon.
Avant cela, Tim lui a financé le trajet pour aller voir sa famille, 10 ans après son départ.
Lorsqu’il est arrivé à Vinh, ses parents, ses frères et soeurs ne le reconnaissaient pas directement. Le petit garçon, parti à l’âge de 8 ans, seul, avait bien grandi. Il avait eu aussi beaucoup de chance.

Puis, viennent les 3 mois en France ; la découverte de l’Occident, d’un autre monde. Binh a apparemment beaucoup apprécié son passage en terre lyonnaise. Mais il faut rentrer ; expérience acquise, Binh met en oeuvre ses nouvelles compétences au service de Maison Chance, son unique lieu de travail.

A 22 ans, il se marie avec Chau, une jeune vietnamienne de 18 ans qui travaille à l’atelier couture de Maison Chance. Il y a 8 mois, Hoang Phong, est né de cette rencontre. Et puis, il y a ce rapprochement avec sa maman, qui désormais, travaille au Centre Envol ; elle y fait le ménage. Sa petite soeur aussi est scolarisée au centre Envol ; ses autres frères et soeurs travaillent non loin du centre. Son papa est décédé, il y a peu.

Pour finir, je demande à Binh à quoi il aspire pour le futur ?

Il souhaite aider à son tour les enfants des rues, tout comme l’a fait Tim pour lui. Il ne veut qu’un seul enfant pour le moment, et lui donner la meilleure éducation possible.

Enfin dernière question : Pourrais tu quitter un jour le centre, et donc par conséquent t’éloigner de Tim ?
(il rit...) « Non, je ne peux pas la quitter...c’est ‘Me Tim’ (Maman Tim en vietnamien)... je veux rester pour l’aider dans ses actions... je ne peux pas et ne veux pas la quitter, ma vie est ici. »

Retour